Le mime face à un "grand vide"

http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/08/04/le-mime-face-a-un-grand-vide_1556116_3246.html

Qui n'a jamais entendu parler du festival Mimos de Périgueux (Dordogne), unique manifestation consacrée au mime en France depuis vingt-neuf ans ? C'est dire à la fois son prestige, son incongruité et sa résistance dans un paysage festivalier pourtant inflationniste. C'est dire aussi en sourdine combien l'art du mime possède un statut flottant et souffre d'un déficit de reconnaissance dans l'Hexagone : sur les dix-huit compagnies à l'affiche de Mimos, seulement quatre sont françaises.

Programmée du 1er au 6 août, l'édition 2011, sous la direction artistique de Patrick Roger, marque une volonté de changement. Mimos, "Festival international du mime", devient "Festival des arts du mime et du geste". Détail d'importance. Cette rallonge entend agrandir le territoire spectaculaire tout en brisant l'image ringarde du mime, trop souvent cantonnée à celle de Marcel Marceau (1923-2007). "La situation du mime est sinistrée en France, assène Chantal Achilli, directrice générale de Mimos et du Théâtre L'Odyssée, à Périgueux. Il nous faut non seulement lutter contre les clichés réducteurs mais nous rapprocher des nouvelles esthétiques, celles d'un théâtre gestuel ou physical theatre, comme le disent les Anglo-Saxons, qui apparaissent un peu partout dans le monde avec l'arrivé des jeunes générations."

Cette revendication s'appuie sur une vague de fond qui soulève le milieu depuis trois ans. En 2008, à l'initiative de quelques artistes de mime, dont Claire Heggen et Yves Marc, du Théâtre du mouvement, un comité national de réflexion autour de l'identité du mime et du théâtre gestuel, rassemblant des artistes, des directeurs de théâtres, des critiques, a élaboré une série de mesures susceptibles de revaloriser la profession - une trentaine de compagnies sont répertoriées en France - tout en soutenant les petits nouveaux.

Cet "appel au secours", selon la formule de Chantal Achilli, a été entendu par le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, qui avait pris connaissance des propositions du comité lors du festival d'Avignon 2010. "Il y a un grand vide autour du mime, souligne Claire Heggen. Pour ne parler que des subventions, il n'existe aucune ligne budgétaire qui lui soit consacrée. Il faut choisir de se définir soit du côté de la danse, soit du côté du théâtre. Je me souviens qu'au début des années 1980, Josef Nadj, qui vient du mime, cherchait comme moi à obtenir des financements. Il s'est tourné vers la danse. Nous avons, avec Yves Marc, choisi le théâtre. Il est urgent que cela change."

Deux grandes mesures sont d'ores et déjà en cours d'étude et de réalisation. La création d'un "pôle national des arts du mime", basé à Périgueux, dont le maire, Michel Moyrand (PS), vient de commander une étude de faisabilité, se profile à l'horizon. A la rentrée 2012, l'Ecole supérieure d'art dramatique (il en existe onze actuellement en France qui dispensent le diplôme national supérieur) de Boulogne-Billancourt, dirigée par le mime et metteur en scène Jean-Claude Cotillard, va ouvrir un parcours "arts du mime et du geste".

"Il faut sortir des anciens schémas, précise-t-il. Sans renier les enseignements des deux figures historiques du mime que sont Etienne Decroux (1898-1991) et Jacques Lecoq (1921-1999), il faut bâtir la pédagogie d'un art d'aujourd'hui : celle d'un théâtre visuel basé sur une écriture du plateau et du corps qui assume son souci d'un sens narratif."

Rosita Boisseau