Marcel Marceau

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Marcel Marceau

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Prologue
Lorsqu’un grand artiste disparait, il passe bien souvent par cette zone indéfinissable entre l’aura de ce qu’il fut et la plongée de ce qu’il laisse, ses dessins, ses archives, ses écrits et ses correspondances, ses films… Traces d’une mémoire qui ne remplacera jamais la présence vibrante de l’homme en scène.

Marcel Marceau a bâti à partir des fantômes de l’invisible une vision humaine et sensible, quotidienne et onirique de notre monde avec la force du tragi-comique et le lyrisme du poète. Cette force tient dans cette vie intérieure vibrante, respirée, capable de traverser son épais masque blanc pour s’enraciner profondément au cœur de l’énigme humaine.

Si l’on se place d’un point de vue occidental, la théâtralité de Marcel Marceau puise ses sources dans la Pantomime blanche du XIXe, or si l’on élargit la vision au reste du monde, on réalise que l’influence des arts orientaux a été considérable dans son travail. Le théâtre nô, le kabuki, le bunraku ont été des sources d’inspiration inépuisables : masques et expressivité des traits du visage, postures, codification des émotions, personnification des caractères, rythmes et musiques ; cette essence même du théâtre dont parle Antonin Artaud dans Le théâtre et son double. Et même au delà des arts de la scène, l’art du dessin et de la calligraphie marquent son travail par la suspension, la retenue et la respiration nécessaires dans cette peinture gestuelle. Les signes noirs laissés sur le papier blanc entourés d’espace rappellent la présence blanche sur le plateau traçant des signes dans le vide. «La force de l’essentiel dans l’arabesque décrite par la main», nous dit Marcel Marceau.

Et pour étendre cette réflexion aux liens étroits qui unissent l’art de l’acteur avec ceux de la peinture et de la sculpture, si l’on se penche sur l’histoire des arts, on s’aperçoit très vite de la volonté des hommes de vouloir représenter des émotions mais aussi des idées et donc la nécessité de trouver des codifications qui, en l’absence de parole, pourraient être comprises par tous, dont le but ultime serait peut être de transcender la condition humaine mais surtout de partager une intériorité. L’œuvre de Marcel Marceau fait souvent référence aux sculptures de Rodin et aux œuvres des grands peintres.

Toute sa virtuosité corporelle, avec ses rythmes, ses ruptures, ses temps forts, a nourri et continue de le faire le théâtre contemporain. Mais bien au-delà d’une technique rigoureuse que le temps a sculptée, on reste émerveillé par la magie d’un seul homme dans un espace vide, avec comme seul outil son corps, son imaginaire et son extraordinaire sensibilité. En effet, toute théorie ou analyse technique s’efface devant l’évidence d’une telle puissance dramatique.

Au cours de sa longue carrière, Marcel Marceau va porter l’art du mime sur les scènes du monde entier, brisant les frontières de la langue et redonnant à cet art une envergure cosmopolite et populaire. Que ce soit d’une façon soliste ou en temps que dramaturge au travers de ses compagnies de mimodrame, il ne cessera de questionner l’art théâtral par le parti pris du silence. En 1978, il fonde l’École internationale de mimodrame Marcel Marceau avec la volonté et l’espoir farouche de réaliser l’une de ses aspirations les plus profondes : l’humanisme des peuples, l’art comme point de rencontre de toutes les cultures où plus de vingt nationalités se côtoient autour d’un enseignement pluridisciplinaire.

Il disait : «Dans mes mimodrames et dans mes pantomimes au théâtre, je peux construire un monde tel que je voudrais qu’il soit, montrer la déchirure, le mal, en ne montrant pas l’abandon mais un cri d’espoir. Je crois à la rédemption humaine à travers le théâtre.»

Par la richesse de son art universel, il a inspiré des artistes de tous horizons et dialogué avec les grands créateurs de son époque. Parmi ses nombreux compagnons de route, nous citerons son fidèle complice Pierre Verry et le peintre et décorateur Jacques Noël dont le travail est intimement lié à son univers poétique.

Marcel Marceau a ouvert la voie au corps de l’acteur et représente un ferment pour de jeunes compagnies issues du théâtre contemporain, du mime, de la danse et du hip hop ; il disait : «Très souvent la génération qui vieillit s’installe dans le regret d’un passé qu’elle ne veut pas quitter, la jeune génération, elle, est lancée vers l’invisble et le rêve… L’irrationnel lui semble naturel.»